Forum sur l'altruisme

A propos du forum sur l’altruisme

L'égoïsme institutionnalisé

Le 21/5/2010

    Il y a quelques siècles, on considérait que le commerce des esclaves d’Afrique Noire était une pratique acceptable – on parlait de « traite du bois d’ébène ». L'historien Anthony Pagden écrivait à propos des esclaves : "Ses corvées ne peuvent être distinguées de celles de la bête de somme et on s’empare de lui comme d’un butin de chasse". De nos jours, l’esclavage subsiste dans de nombreux pays où l’on vend des enfants pour les faire travailler en usine ou dans les champs et des jeunes filles pour les prostituer. Mais de façon générale, l’esclavage est considéré comme une abomination.
    Lors de la conquête de l'Amérique, du sud et du nord, les conquérants massacrèrent en masse les habitants locaux, n'épargnant ni les enfants, ni les femmes ni les vieillards et les mutilant à plaisir, les traitants comme des bêtes dans un abattoir. Il y a à peine plus d'un siècle Oliver Wendel Holmes (1809-1894) professeur d'anatomie et de physiologie à Harvard, trouvait naturel que le blanc haïsse l'Indien et le "pourchasse comme une bête sauvage de la forêt" afin que "cette esquisse au crayon rouge soit effacée et que la toile soit prête pour un homme un peu plus à l'image de Dieu."
    Il serait bon de s'interroger sur les raisons qui nous font voir une différence entre la façon dont nous traitions alors les esclaves et celles dont nous traitons aujourd'hui les animaux. Charles Darwin remarquait : "Les animaux que nous avons réduits en esclavage, nous n'aimons pas les considérer comme nos égaux."
    Selon le droit civil français les animaux sont des "bien meubles" et, selon la législation européenne, des "produits agricoles". Nous les utilisons pour notre nourriture et nos habits, nous manipulons leur reproduction (castrant les mâles, inséminant les femelles), empêchons les nouveau-nés de boire le lait de leur mère, les utilisons pour nos divertissements--des corridas aux combats de chiens. Nous décidons quand, où et comment les animaux doivent mourir.
    On tue en France 1 milliard d'animaux chaque année pour la consommation humaine.
    Que font les gens, les peuples, lorsqu’ils sont exploités ou opprimés ? Ils s’organisent, se syndiquent, se révoltent. Les animaux en sont incapables et sont donc exterminés. Parce que les organes du langage n’ont pas évolué chez les animaux, nous nous arrogeons le droit d'exploiter ces  "sans voix" de la terre pour notre bon plaisir.
    Rappelons ces mots du philosophe Charlie Dunbar Broad : « Une grande partie de la cruauté que des personnes décentes applaudissent ou tolèrent, est applaudie ou tolérée uniquement parce que ces personnes sont trop stupides pour s'imaginer elles-mêmes dans la position des victimes ou parce qu'elles s'abstiennent délibérément de le faire."
    Les arguments utilisés pour justifier notre exploitation concentrationnaire des animaux sont similaires à ceux dont on se servait pour justifier le massacre des indigènes "sous-humains", l'esclavage des noirs "semblables à des bêtes" et l'extermination des juifs "semblables à des rats". On déshumanise l'homme et réduit l'animal au rang d'objet ou de commodité.
    L'écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer le déplorait en constatant que tout se passe comme si "toutes les créatures n'avaient été créées que pour lui [à l’homme] procurer de la nourriture et des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis; pour les animaux, le monde est un éternel Treblinka "
    Léonard de Vinci a écrit dans ses carnets : “Le temps viendra où les gens comme moi considéreront l’assassinat d’un animal comme ils considèrent aujourd’hui l’assassinat d’un homme.”
    Le droit de vivre serait-il l’apanage des humains ?

A lire : Charles Patterson, "Un éternel Treblinka", Calmann-Lévy
A voir : "Terriens" (Earthlings), un documentaire sans appel de Shaun Monson www.earthlings.com

Matthieu Ricard









Les 5 réponses les plus populaires : (Afficher les 416 réponses)
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    catherine barry a écrit :
    la manière dont nous traitons les animaux est signe de notre barbarie.
    nous sommes des canibales. Ils sont nos frères au même titre que les hommes.
    comment changer le monde si nous ne changeaons pas, déjà, notre manière de nous nourrir et de traiter les autres, tous les autres.
    la violence dont nous faisons preuve à leur égard, nous en faisons preuve à notre égard.
    nous sommes responsables de ces tueries, chacun. nous sommes responsable de la violence qu'elles engendrent. nous sommes responsables des émotions et des actes qui nous animent. nous avons le choix de changer. et, cela commence maintenant.
    Nos comportements influeront autour de nous, soyons en certains. chaque être humain a soif de paix et d'amour.
    soyons en liens, tous, pour donner vie à ce message et unissons nous pour que cessent ces massacres.
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    yvan beck a écrit :
    chers amis

    je suis étudiant de Sogyal Rinpoché, vétérinaire et Président d'une association qui s'appelle "Planète Vie". Le débat sur les relations entre économie et vivant est au centre de nos réflexions depuis plus de 20 ans. Il se concrétise actuellement par le tournage d'un film, documentaire qui sortira au cinéma fin 2010 et ensuite dans les autres média television, dvd,.. Ce film s'intitule "Lovemeatender" et vous pouvez en avoir certains aperçus en consultant http://www.planete-vie.org. Pour la petite histoire le bureau de planete-vie est partagé avec celui de l'association boddhicaria (Ines Wouters) à Bruxelles. N'hésitez pas a me contacter si vous désirez un support quelconque dans le cadre du débat que vous lancez: mon numéro personnel est le 0032 2 347 47 86
    bien amicalement,
    yvan
    fichier associé
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    D. Cabos a écrit :
    Les perturbations que connait le monde,dont les plus dramatiques sont liées à l' activité humaine et aux orientations qui la gouvernent, nous montrent combien les motivations de ces orientations ne prennent en compte ni la préservation des équilibres naturels, ni le bien-être de tous les êtres.La plupart du temps ce sont des intérêts économiques, des profits à court terme, qui nous ont conduit là où nous en sommes aujourd'hui en occident, c'est à dire dans une impasse; à tel point que maintenant, compte tenu de l'urgence en matière d'environnement, une prise de conscience collective émerge, véritable nécessité de changer les choses pour certains, argument électoral pour les autres...

    C'est dans ce contexte, que les animaux, devenus en occident produits de consommation,sont traités dans le souci du profit maximum.Rien d'étonnant à ce qu'une société capable de maltraiter la planète et les hommes, maltraite les animaux.Dans les contingences de la vie moderne, l'homme a oublié qu'il a été un enfant, soucieux de soigner tel oiseau blessé,de sauver tel papillon malmené par le vent...Il est urgent que nous réativions notre étonnement d'être au monde...Au delà de toute confession, il en va de notre responsabilité universelle, de notre responsabilité à transmettre à nos enfants un monde viable.

    En raison de son intelligence, l' être humain a la chance d'avoir une beaucoup plus grande liberté que d'autres formes de vie; cela lui permet de pouvoir agir de manière à se libérer de la souffrance (malgré les circonstances extérieures qui peuvent l' affliger). L'animal lui aussi souhaite échapper à la souffrance, mais il ne peut agir pour s'en libérer.Notre responsabilité universelle implique notre devoir de protéger les plus démunis, ceux affligés par des circonstances extérieures particulièrement difficiles, ceux dont les capacités ne permettent pas de se libérer de la souffrance. Au lieu de cela nous ajoutons aux animaux des causes de souffrances supplémentaires...

    Il est temps d'essayer de constituer un "nous" raisonnable...
    Votre blog, M.Ricard, qui nous donne régulièrement matière à réfléchir, va dans ce sens. Merci.




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    arn_o a écrit :
    (je n'ai pas encore vu earthlings)

    Les protecteurs des animaux appellent cela le spécisme. (Le spécisme est aux espèces vivants ce que le racisme est aux "races" et le sexisme au sexe.) Le rapport aux autres espèces vivantes changera ce siècle, c'est la suite logique de la déclaration d'égalité des droits entre homme et femme par l'onu (1945) et de sa condamnation de la ségrégation raciale (1973). Mais quand on voit un demi siècle après ce qui reste encore à faire dans ces domaines, il faudra encore du temps pour que le rapport aux animaux change. Pourtant, dans les pays d'Europe en tout cas, il y a déjà des lois qui protège les animaux en voie de disparition et même les animaux de compagnie. Preuve selon moi que le processus est déjà en marche.

    Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que les usines d'abattage industriel sont inacceptables mais personne ou si peu n'a de remord à sprayer un matelas d'anti-accarien par exemple. Si il faut légiférer pour protéger les animaux des exterminations de masse, comment définir les critères de sélection ? Est ce que l'expérimentation animale sur les singes est plus cruelle que sur les souris ? Les mouches ? Les bactéries ?

    Je me demande où est la limite où l'on passe de l'acceptable à l'inacceptable ? Quelle race aura la chance d'être légalement protégée et qu'est ce qui la différenciera de ses cousins massacrés ? Épargnons les plus gros en premier ? Les plus nombreux à souffrir ? Les plus proches génétiquement ? Les plus intelligents ?

    Manger d'autres espèces n'est pas l'apanage de l'homme. Je ne pense pas qu'on doivent (et qu'on puisse) cesser de consommer d'autres animaux mais les consciences vont évoluer pour le faire dans une juste mesure et dans le respect de la bête sacrifiée. Voilà un mécanisme possible:

    1)L'empathie envers les animaux va aller grandissante à force de dégradation des traitements dans les chaines de production et de campagne de sensibilisation de la part des mouvement de protection des bêtes.

    2) La pression populaire grandissante pour l'amélioration de la condition animales va mener les élus à promulguer des lois définissant des conditions exigeantes de vie et de mort des bêtes.

    3) Ces conditions drastiques mèneront forcément à des hausses significatives du cout de production de la viande.

    3) Le prix de la viande devenu exorbitant mènera les populations à en manger bien moins et à respecter d'avantage ce produit.

    Moins de sacrifice, moins de souffrance. Voilà un premier pas à faire dans la bonne direction qui me semble plus réalisable que de prêcher aujourd'hui déjà que tous deviennent végétarien.
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    Alicia a écrit :
    CQFD,

    Je pense que vous N'AVEZ RIEN COMPRIS ou que vous faites exprès de mal comprendre: Je n'ai jamais demandé que Matthieu Ricard s'addresse à moi personnellement mais qu'il le fasse pour tout le monde par l'intermédiaire de son forum.

    Je ne suis INTERVENUE qu'une seule fois: le 5 Juin, donc on ne peut pas dire que je suis dépendante de ce site que je consulte rarement (en moyenne tous les 15 jours) et c'est encore trop! Mais que voulez vous, j'avais toujours l'espoir de trouver des propos intéressants ( il y en a, d'ailleurs, il suffit de bien chercher.)

    Si je récuse le système des votes et je ne suis pas la seule à le faire, c'est non pas parce que l'on pourrait avoir une vision négative de moi,vous n'avez pas de chance: Je suis une de celles et ceux qui ont obtenu beaucoup de votes positifs, ce dont je me moque complètement même si cela me faisait gagner un voyage à Katmandou!

    Quant à vos bons conseils pour diriger ma vie, merci beaucoup mais je ne les ai pas attendus: J'ai de très bons rapports avec mes voisins, ma famille et mes amis. Je milite dans de nombreuses associations: le WWF, Médecins sans Frontières, l'AVF:(Association Végétarienne de France ), Secours Populaire et Amnesty international depuis plus de 20 ans où je crois faire un travail plus utile que de perdre mon temps dans ce blog immonde! Est ce que celà vous suffit ou dois-je en rajouter? ah si, j'oubliais: j'ai recueilli des chats abandonnés, ce qui me pose des problèmes pour les vacances. En tout cas, vos leçons de morale, gardez les pour vous! vous en avez plus besoin que moi!

    Par contre, j'avoue que je suis vraiment déçue par Matthieu Ricard. J'avais une grande admiration pour lui et le piédestal s'est écroulé!! mais ce n'est pas grave. A ce propos, j'ai un billet pour assister à une journée d'études interdiciplinaire sur la pleine conscience qui se tiendra le 26 Septembre à L'Hôtel Méridien Montparnasse à Paris et au cours de laquelle Matthieu interviendra. Je n'ai plus l'intention d'y aller et je cherche à le revendre alors si cela vous tente, je vous le cède pour la modique somme de 103 euros!

    Vous souhaitez que Dieu me protège, merci beaucoup mais je ne crois plus en Dieu depuis longtemps. Par contre, je finis par croire au diable et aux forces du mal quand je lis toutes les bassesses et mesquineries de ce blog. Sur ce point, vous avez au moins raison, il faut que je le raye définivement: je ne suis pas masochiste à ce point et ce serait quand même un comble qu'un forum de Matthieu Ricard me donne un mauvais Karma!

    A mon tour de vous donner un conseil: CQFD, changez donc de pseudo car vous avez vraiment tout faux dans ce que vous cherchez à démontrer!!!!!

    Alicia