Forum sur l'altruisme

A propos du forum sur l’altruisme

Transformation de la personne et transformation de la société

Le 5/4/2010

 Au cours d'une conversation, André Comte-Sponville nous disait :

      « Il existe un progrès des cultures et des sociétés, mais non pas des individus en tant que tels. Nous sommes aussi égoïstes et aussi lâches que n'importe quel homme de l'ancien temps. Les Grecs étaient tous racistes et tous esclavagistes; c'était leur culture. Nous ne sommes pas meilleur qu'Aristote ou Socrate simplement parce que nous ne sommes ni esclavagiste ni raciste.

      Si on avait attendu que les humains soient justes pour que les plus pauvres puissent se soigner, les plus pauvres seraient morts sans soins. On n'a pas attendu que les humains soient justes, on a créé la sécurité sociale, on a créé les impôts, on a créé un État de droit. Je ne crois pas du tout aux progrès de l'humanité, mais je crois beaucoup aux progrès de la société. »


    En essence, André Comte-Sponville nous dit que les cultures ont changé  mais que l'homme est resté le même. L'espèce humaine n'a pas changé génétiquement depuis 2 000 ans. Ce n'est pas surprenant si l'on sait qu'il faut environ 50 000 ans pour qu'une modification génétique significative affecte globalement une espèce. Cela signifie également que les prédispositions génétiques qui affectent les traits de caractère des êtres humains sont quasiment les mêmes aujourd'hui qu'au temps d'Aristote. Il ne semble y avoir aucune raison de contester cela.

    Mais la discussion ne s'arrête pas là. Notre héritage génétique représente un potentiel qui nous prédispose à manifester tel ou tel trait de caractère. Mais ce potentiel peut s'exprimer de diverses façons sous l'influence d'un grand nombre d'autres facteurs. On peut le comparer à un plan d'architecture susceptible d'être mis à exécution tel qu'il a été conçu, mais qui peut aussi être modifié considérablement au cours de la construction.

    Les avancées récentes de la génétique montrent que cet environnement peut modifier significativement l'expression de nos gênes, un processus qui relève de ce qu'on appelle l'épigénèse et dont l'étude est un domaine de recherche novateur et en plein essor.

    De plus, on sait maintenant que les traits de caractère ne sont pas gravés dans la pierre. L'une des plus importantes découvertes faite en neurosciences durant les vingt dernières années concerne la neuroplasticité, c'est-à-dire la faculté que possède notre cerveau de changer sous l'influence d'un entraînement. En bref, l'individu peut se transformer d'une manière plus importante qu'on ne l'avait jusqu'alors imaginé.

    Les adeptes de l'entraînement de l'esprit, par la méditation et autres techniques contemplatives développées au cours des siècles, témoignent également des changements profonds et durables qui peuvent être accomplis, et ne se limitent pas à des adaptations superficielles et instables et qui s'évanouissent dès que les contraintes extérieures disparaissent.

    Les questions qui restent en suspens sont donc les suivantes : ces variations restent-elles confinées à l'individu, sans entraîner de répercussions significatives sur la société? Sont-elles vouées à disparaître avec l'individu ou peuvent-elle se propager d'une génération à l'autre en modifiant les cultures ?

    L'une des théories les plus convaincantes développées récemment par les spécialistes de l'évolution de l'espèce humaine porte précisément sur l'évolution des cultures, laquelle s'avère se dérouler beaucoup plus rapidement que celle des gènes.

    Il semble donc envisageable, au sein d'une culture qui accorderait davantage de valeur à l'altruisme, à la sollicitude, à la fraternité et à la compassion, et qui s'efforcerait de cultiver ces qualités, de s'attendre à un déplacement de la moyenne vers davantage d'altruisme. Cette familiarisation pourrait intervenir au travers de l'éducation, de la transformation personnelle par l'entraînement de l'esprit, du brassage des idées et de tout autre manière propre à induire une évolution de nos cultures.

    Une culture est caractérisée par une concordance de valeurs entre les individus. Elle ne se contente donc pas de fournir un moule dans lequel les individus s'intègrent bon gré mal gré, mais finit par façonner des individus qui contribuent eux aussi à l'évolution ultérieure de la société. La société et les individus se façonnent mutuellement comme deux lames de couteaux s'aiguisent l'une sur l'autre.

    Ce dont il s'agit, c'est donc d'offrir, au sein d'un régime démocratique, d'institutions libérales et d'une éducation laïque, des conditions favorables à l'épanouissement d'une société plus altruiste.

 Qu'en pensez-vous et quelles seraient à vos yeux les meilleurs points d'entrée pour accomplir ce but ?

Matthieu Ricard









Les 5 réponses les plus populaires : (Afficher les 72 réponses)
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    un panda a écrit :
    Pour ma part, il me semble que le meilleur point d'entrée pour accomplir ce but n'est ni politique, ni culturel, ni économique : il est personnel.
    Au lieu "d'attendre" que les choses changent (ce que l'on attend souvent de "l'État Providence"), c'est à nous d'essayer de nous construire, de changer et d'essayer de développer des qualités humaines.
    Les gens qui changent et qui œuvrent pour les autres, deviennent des sortes "d'exemples" et aident les autres à trouver le courage de faire de même.
    C'est donc une sorte "d'émulation" qu'il faut trouver, en se changeant soit même, pour qu'il y ait un effet "boule de neige" qui emporte tout le monde sur son passage :)
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    isabelle a écrit :
    Qui a une idée pour que soit représentée à la commission européenne dans le cadre de l'année 2010 année de lutte contre les exclusions et la pauvreté, la cause en question?

    Apparemment à aujourd'hui il n'y a pas de délégation nommée contrairement aux autres pays CE.

    Ceci est un exemple concret d'application d'altruisme possible.

    Moi je peux pas le faire j'ai poney.


    Isabelle

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    Wilson a écrit :
    Bonjour Isabelle

    Suite et Fin, à méditer sur votre île déserte :

    Le monde n'est ni bon, ni mauvais : il est ce que nous en faisons.Le pire côtoie le meilleur, mais il nous appartient de devenir meilleurs. L'altruisme ne se conçoit que de façon gratuite et désintéressée. C'est avant tout une question de coeur, mais c'est aussi une question de courage, de travail et de détermination.Assister à des conférences nous donne parfois bonne conscience, mais il faudra davantage de notre part : si nous voulons changer le monde, qui en a besoin, nous devons agir en relations, agir seul c'est possible, mais jusqu'à un certain point.
    Je vous recommande sur votre île déserte la lecture de "Plaidoyer pour le bonheur" de Matthieu RICARD. Je lui présente mes excuses, car je n'utilise pas TWITTER, ainsi que pour ma liberté de ton et de propos. Une conversation même brève, c'est déjà beaucoup, surtout pour un homme qui a un emploi du temps si chargé. Au fond, chacun doit agir à son niveau et selon ses possiblités.Il existe des hommes et des femmes qui sont des figures emblématiques, mais il y a aussi l'action et le dévouement de beaucoup d'anonymes, dans des actes quotidiens, nécessitant parfois peu de moyens.Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !

    THE END

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    Marc a écrit :
    Je ne connaissais rien au bouddhisme, je prenais cela pour une secte composée de reclus vivant dans les montagnes.. Puis petit à petit et notamment grâce à la découverte de quelques livres (principalement du dai lama et de Matthieu Ricard) un univers entier s'est offert à moi. Et je suis à présent face à une vision qui peut répondre à toutes les questions existentielles que je me posais et qui restaient sans réponse.

    Pour répondre à la question sur l altruisme, je pense que la principale porte d'entrée c est la désacralisation de l'ego. Peut être commencer déjà avec les enfants dans leur éducation à la maison et à l'école. Il serait intéressant d'imaginer toute une pédagogie innovante qui ne mette pas l'ego au centre des préoccupation. Mener l'expérience sur quelques classes et constater ou non un changement dans leur comportement.
    Le bouddhisme existe depuis des milliers d années. J'imagine que beaucoup d écoles ont été fondées dans le but de suivre les pas des sages. Quelles sont les conclusions des programmes pédagogiques testés ?
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    Arthur a écrit :
    La mére qui punit son enfant avec amour ne le fait pas pour lui causer du tord mais pour l'empecher de se faire du tord à lui-même. Tout dépend bien sur de notre motivation et de notre perspicacité.
    Dans le cas des experiences d'Ernst Fehr, il faut bien comprendre qu'en l'absence de toute régulation du système,le taux de coopération passe en quelques jours de 80% à 10%. C'est à dire que les égoïstes invétérés dans le groupe détournent l'ensemble du systéme, comme cela s'est produit lors de la récente crise financiére. Les régulations amenées par la "punition altruiste" (un terme sans doute peu évocateur!) ramenent le taux de coopération à prés de 100%, parce que les égoïstes impénitents trouvent leur compte à se comporter de maniére altruiste, même s'il ne le sont pas. Il faut voir en détails les recherches de Ersnt Fehr pour comprendre qu'il ne s'agit nullement là d'une intervention de type garde-chiourme, mais de simple bon sens. C'est finalement un manque d'altruisme que de donner totalement libre court à l'avididé sauvage qui régne dans l'économie contemporaine.